PiĂšges, agressions, menaces⊠Que cachent les violences qui frappent les soldats du feu ? EnquĂȘte Ă Toulouse.
Le fourgon sâenfonce toutes sirĂšnes hurlantes dans le Mirail, quartier redoutĂ© du sud de Toulouse (Haute-Garonne). Les six pompiers lorgnent ces tours blanchĂątres avec dĂ©fiance. « DĂšs quâon met un pneu ici, on sait quâon nâest plus maĂźtres de notre destin », lĂąche Mathieu, chef de groupe. Ce soir de mai, lâescouade de la caserne Jacques Vion intervient sur ce qui ne devait ĂȘtre quâun banal feu de poubelles. Mais tout juste sâarrĂȘtent-ils devant le vide-ordures quâune bande dâadolescents surgit de sa planque, pavĂ©s en main. Pluie de pierres. « On se fait caillasser ! » crie le chauffeur en Ă©crasant la pĂ©dale dâaccĂ©lĂ©rateur. Des creux se forment sur la carrosserie. Les estomacs se nouent. Des policiers, arrivĂ©s en catastrophe, bombardent le secteur de grenades lacrymogĂšnes. « Repliez-vous, on nâa plus de cartouches ! » hurle lâofficier. Et les deux vĂ©hicules sĂ©rigraphiĂ©s de repartir aussi vite quâils sont venus. Mathieu soupire : « VoilĂ qui annonce la couleur pour la nuitâŠÂ »
[@lexpress] A la caserne Vion, on ne compte plus le nombre de cratĂšres qui Ă©maillent la carrosserie des camions. On soupire aussi, on dĂ©sespĂšre, on ne comprend pas pourquoi on est une cible. Reportage au coeur des guet-apens (et tentative d’explication) https://t.co/1pUGwnl0mg
â Paul Conge (@paulcng) 26 juin 2019
Bastion pour 138 pompiers professionnels, la caserne Jacques Vion est abonnĂ©e Ă ces coups de chaud. Ils effectuent jusquâĂ 80 % de leurs interventions en zone urbaine sensible (ZUS). En lâoccurrence, la Reynerie, Bagatelle et le Mirail, trois citĂ©s oĂč le taux chĂŽmage culmine Ă 40 %, royaumes des dealers, et foyers de soulĂšvements spectaculaires ces derniĂšres annĂ©es. « Au Mirail, on flippe. Câest une souriciĂšre. Ăa me fait plus peur que CrĂ©teil ou Fontenay-sous-Bois« , avoue Mathieu, carrure de maĂźtre nageur et dix ans dâexpĂ©rience dans ces banlieues houleuses du Val-de-Marne. Sous les nĂ©ons blafards du parking de la caserne, il dĂ©briefe ses troupes. « On Ă©tait attendus, on sâest fait dĂ©foncer. La question, câest : âEst-ce que câĂ©tait un coup dâĂ©pĂ©e dans lâeau ou est-ce quâil y en aura dâautres ?’ » Vers 21 heures, toute la ville bascule en « vigilance orange », dernier niveau avant lâĂ©meute. Aucune intervention ne se fera sans la police. Pour les 30 pompiers de garde, la nuit sera interminable.
LâExpress via fdesouche
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